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  • mardi 24 février 2026

VEILLE BIBLIOGRAPHIQUE DU MOIS DE FÉVRIER 2026

Isabelle MOULONGUET, Dr Pierre MARACANT

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ACTUALITES BIBLIOGRAPHIQUE DE LA SOCIETE FRANCAISE DE DERMATOLOGIE

Numéro 61 – Février 2026

Auteurs : Isabelle MOULONGUET (Groupe Ongle), Pierre MARCANT (DAG), Antoine Petit, Coline Jaulent-Darmaisin, Marc Reverte, Antoine Bertolotti.

Préambule : La veille bibliographique de la Société Française de Dermatologie a pour vocation d’apporter des nouveautés cliniques, physiopathologiques, diagnostiques et thérapeutiques sur l’ensemble des pratiques dermatologiques. Voici une sélection d’articles pour le mois de février, réalisée par les groupes thématiques Groupe Ongle et DAG.

 

1 Poursuite de l’augmentation des allergies de contact aux acrylates malgré les restrictions Européennes (Groupe Dermato-Allergologie – Dr Pierre Marcant)

Caroppo ES et al. The Italian Trend of Contact Allergy to 2-Hydroxyethyl Methacrylate: Is the Current European Legislation Working? Contact Dermatitis. 2025 Sep;93(3):224-233. doi: 10.1111/cod.14800.

 

 

Contexte :

Les (méth)acrylates, notamment le 2-hydroxyéthyl méthacrylate (2-HEMA), sont une cause croissante de dermatite de contact allergique. Les produits d’onglerie sont devenus la principale source d’exposition, en particulier en dehors du cadre professionnel. En 2020, l’Union européenne a restreint le 2-HEMA dans les cosmétiques pour ongles à un usage professionnel uniquement, mais l’efficacité réelle de cette réglementation restait incertaine.

 

Objectif :

Évaluer les tendances de la sensibilisation au 2-HEMA en Italie de 2019 à 2023, et analyser l’impact potentiel de la législation européenne.

 

Méthodologie :

Étude rétrospective multicentrique (8 cliniques dermatologiques italiennes). 7133 patients ont été testés par patch tests avec la série standard italienne incluant le 2-HEMA.

 

Résultats principaux :

Augmentation de la prévalence de 1,6 % en 2019 à 2,7 % en 2023 (tendance ascendante, non significative statistiquement).

Les femmes jeunes sont les principales concernées (90 % des cas pertinents). L’âge médian est passé de 50 ans (2019) à 28 ans (2023) !

La principale source d’exposition sont les ongles artificiels (72 % des cas non professionnels, 75 % des cas professionnels).

Contexte d’exposition : 68,7 % non professionnel, lié à l’auto-utilisation de kits pour ongles.

Les cas professionnels (31,3 %) sont en diminution, probablement grâce à des mesures de protection plus strictes.

 

Discussion :

Malgré la réglementation européenne (étiquetage obligatoire et restriction à un usage professionnel depuis 2021), les produits contenant du 2-HEMA restent accessibles au grand public, notamment via la vente en ligne.

L’augmentation de la sensibilisation touche surtout les jeunes femmes, influencées par les tendances esthétiques (réseaux sociaux, kits maison).

 

Conclusion :

La prévalence de l’allergie de contact au 2-HEMA continue d’augmenter en Italie, malgré la législation européenne. L’étude souligne la nécessité :

 

 

Avis sur l’article :

 

Ces résultats rappellent l’importance de dépister systématiquement cette sensibilisation, surtout chez les jeunes femmes utilisatrices de faux ongles, et d’informer sur les risques liés aux produits achetés en ligne ou utilisés à domicile.

2 Présentation clinique des onychomycoses des ongles des mains (Groupe Ongle – Dr Isabelle Moulonguet)

Iorizzo M, Piraccini BM, Alessandrini A, Bruni F, Vollono L, Pampaloni F,et al. Clinical and Onychoscopy Patterns In Fingernail Onychomycosis – A Study By The International Dermoscopy Society « Trichoscopy and Onychoscopy » Task Force. Dermatol Pract Concept. 2025 Jan 30;15(1):4887.

 

L’aspect clinique et dermatoscopique des onychomycoses (OM) des ongles des orteils est largement documenté dans la littérature. À l’inverse, les OM des ongles des doigts, environ sept fois moins fréquentes, restent plus difficiles à diagnostiquer, en particulier lorsqu’elles sont isolées et non associées à une atteinte des orteils. Les données publiées sur ce sujet étant limitées, cette étude multicentrique portant sur 120 cas d’OM isolée des ongles des mains présente un intérêt particulier. Au total, 341 doigts ont été examinés, avec une atteinte moyenne de 2,83 doigts par patient. L’index et le médius droits étaient les plus fréquemment concernés, sans que la notion de main dominante puisse être précisée. Les principaux agents identifiés étaient Trichophyton rubrum et T. mentagrophytes var. interdigitalis.

L’onychomycose des ongles des pieds, notamment la forme sous-unguéale disto-latérale, la plus fréquente, résulte de la pénétration du dermatophyte par l’hyponychium. Elle se manifeste classiquement par une hyperkératose sous-unguéale, une coloration jaunâtre avec perte de transparence de la tablette et une onycholyse à bords irréguliers. Au niveau des ongles des mains, la présentation est plus polymorphe et parfois trompeuse : hyperkératose discrète, onycholyse marquée, dystrophie unguéale ou encore paronychie. La finesse de la tablette unguéale et l’exposition plus fréquente à l’eau, aux détergents et aux microtraumatismes expliquent probablement une onycholyse plus sévère et une hyperkératose moins marquée. Les auteurs suggèrent par ailleurs que le limage cosmétique de l’hyperkératose, plus fréquent chez les femmes, pourrait expliquer sa prédominance observée chez les hommes dans cette série.

Des anomalies de surface de la tablette unguéale, peu caractéristiques des OM des orteils, ont été fréquemment observées : aspect friable (20,8 %) et lignes de Beau ou onychomadèse (19,2 %). Toutefois, plusieurs signes, friabilité, pitting, leuconychies, onycholyse, hyperkératose sous-unguéale, desquamation périunguéale, sont communs à l’onychomycose et au psoriasis, principal diagnostic différentiel, les deux affections pouvant d’ailleurs coexister. Si le psoriasis touche habituellement plusieurs doigts, des formes monodactyliques demeurent possibles.

Contrairement aux OM des orteils, dominées par des teintes jaunes ou brunes, les OM des doigts se caractérisent plus volontiers par une coloration blanche, réalisant des leuconychies. Celles-ci peuvent être totales, notamment en cas d’infection par des moisissures (Aspergillus, Alternaria, Cladosporium), comme cela peut également s’observer aux orteils. Les autres formes de leuconychie varient selon le mode d’infestation : atteinte intraplaque dans l’OM endonyx, ou superficielle dans l’OM leuconychique superficielle. Les traumatismes jouent un rôle favorisant, quel que soit le type de leuconychie, et une inflammation matricielle pourrait également intervenir, comme dans les formes proximales ou totales dystrophiques.

Classiquement, l’onychomycose digitale est décrite chez des patients immunodéprimés ; pourtant, aucun des 120 patients inclus n’était porteur d’un déficit immunitaire. Par ailleurs, alors que Candida spp. était historiquement considéré comme l’agent prédominant des OM des doigts, cette étude met en évidence une prédominance des dermatophytes (75 cultures positives), Candida n’étant isolé que dans 31 cas. Les auteurs insistent ainsi sur l’importance d’un examen mycologique complet, incluant culture et, si besoin, PCR, afin d’identifier l’ensemble des agents pathogènes potentiels.

Cette série multicentrique récente, conduite par des experts internationaux, apporte une actualisation précieuse des connaissances sur les OM des doigts, encore peu étudiées. Elle remet en question certaines idées reçues, notamment la prédominance supposée de Candida et l’association fréquente à une immunodépression. Le diagnostic d’une OM digitale isolée, en l’absence d’atteinte des orteils, demeure délicat et doit être évoqué même en cas de psoriasis associé, qu’elle peut compliquer. Une atteinte monodactylique doit faire suspecter une infection à moisissure. Enfin, la dermatoscopie apparaît moins performante que pour les OM des orteils, et l’examen mycologique avec culture reste indispensable avant toute instauration thérapeutique.

3 Prise en charge des ongles jaunes (Groupe Ongle – Dr Isabelle Moulonguet)

Curtis KL, Piraccini BM, Starace M, Rapparini L, Richert B, Rubin AI, Jellinek NJ, Tosti A, Di Chiacchio NG, Di Chiacchio N, Iorizzo M, Grover C, Hinshaw MA, Vlahovic TC, Bellet JS, Rigopoulos D, Lipner SR. Diagnosis and management of yellow nail syndrome: An international multi-institutional retrospective cohort study of 111 cases by an expert panel. J Am Acad Dermatol. 2025 Nov;93(5):1268-1276. doi: 10.1016/j.jaad.2025.07.039. Epub 2025 Jul 19. PMID: 40692045.

Cette revue internationale multicentrique rétrospective collige 111 cas de syndrome des ongles jaunes (Yellow Nail Syndrome, YNS), affection rare classiquement définie par une triade associant xanthonychie, atteinte respiratoire et lymphœdème, triade toutefois rarement complète au moment du diagnostic. Dans cette série, 99 % des patients présentaient une xanthonychie, 78,4 % une atteinte ORL ou respiratoire (principalement sinusite chronique) et 30,7 % un lymphœdème. L’âge moyen était de 55 ans, avec une légère prédominance masculine. Une maladie auto-immune était retrouvée dans 14 % des cas et une affection maligne dans 9 %. Chez cinq patients, la xanthonychie était congénitale ou apparue dans l’enfance ; deux d’entre eux rapportaient des antécédents familiaux, situation rarement décrite. Dans 71,7 % des cas, l’atteinte concernait à la fois les ongles des mains et des pieds.

Les manifestations unguéales les plus fréquentes étaient la xanthonychie, l’hypercourbure transversale, l’épaississement de la tablette, l’onycholyse ainsi que l’absence de lunule ou de cuticule. Un érythème du repli proximal et une onychomadèse étaient plus rarement observés. La majorité des patients signalait un ralentissement, voire un arrêt, de la croissance unguéale. Une onychomycose associée était retrouvée dans 22,9 % des cas ayant bénéficié d’un examen mycologique (culture ou clipping). Trois patients ont eu un prélèvement bactériologique : deux présentaient une surinfection à Pseudomonas aeruginosa et un à Citrobacter koseri.

La xanthonychie et l’épaississement unguéal semblent liés au ralentissement de la croissance longitudinale de l’ongle, ce qui explique que la rétronychie constitue le principal diagnostic différentiel. Toutefois, la rétronychie touche préférentiellement les gros orteils, alors que le syndrome des ongles jaunes atteint le plus souvent la majorité, voire la totalité des ongles.

Sur le plan thérapeutique, la vitamine E, seule ou associée à un antifongique triazolé, était le traitement le plus fréquemment prescrit, pour une durée moyenne de deux ans. Les triazolés étaient utilisés non pour leurs propriétés antifongiques, mais pour leur effet supposé de stimulation de la croissance unguéale. L’association vitamine E–fluconazole obtenait le meilleur taux de réponse complète (35,3 %), suivie de l’association vitamine E–itraconazole (33,3 %), tandis que la vitamine E seule n’entraînait que 7,6 % de réponses complètes.

Les auteurs proposent un algorithme diagnostique et thérapeutique reposant sur un interrogatoire détaillé, un examen clinique soigneux complété par la dermoscopie — utile pour objectiver une xanthonychie discrète, ainsi que des examens complémentaires systématiques : prélèvement mycologique pour éliminer une onychomycose, examen bactériologique à la recherche d’une surinfection à P. aeruginosa, avis pneumologique et radiographie thoracique, même en l’absence de symptomatologie respiratoire. En cas de suspicion de sinusite chronique, un scanner des sinus est recommandé.

Le traitement proposé associe vitamine E (1 000 UI/j) à du fluconazole (300 mg/semaine pendant 18 mois maximum) ou à de l’itraconazole (400 mg/j, une semaine par mois, pendant 6 mois maximum), éventuellement suivi d’un minoxidil topique 5 %. Un bilan hépatique et rénal préalable est recommandé avant l’introduction d’un triazolé. La vitamine E ne doit pas être poursuivie au-delà de deux ans et peut être arrêtée après guérison ; l’amélioration clinique survient le plus souvent entre 6 et 12 mois, parfois jusqu’à 24 mois. Bien que les effets indésirables de la vitamine E soient rarement rapportés, les auteurs recommandent la prudence chez les patients hypertendus ou recevant un traitement augmentant le risque hémorragique, en raison d’un possible effet anticoagulant à forte dose. Le minoxidil 5 %, appliqué sur le repli proximal pour cibler la matrice, peut être utilisé en adjuvant ou en cas de contre-indication aux azolés.

En définitive, si cette étude n’apporte pas de données révolutionnaires pour les onychologues expérimentés, elle offre une synthèse actualisée et structurée, enrichie d’un algorithme pratique, particulièrement utile pour les dermatologues moins familiers de ce syndrome rare.

 

4 Prise en charge des mélanonychies longitudinales (Groupe Ongle – Dr Isabelle Moulonguet)

 

Ricardo JW, Bellet JS, Jellinek N, Lee D, Miller CJ, Piraccini BM, Richert B, Rubin AI, Lipner SR. Evaluation and diagnosis of longitudinal melanonychia: A clinical review by a nail expert group. J Am Acad Dermatol. 2025 Jul;93(1):176-187. doi: 10.1016/j.jaad.2025.02.075. Epub 2025 Feb 27. PMID: 40023404

Comme le rappellent les auteurs, les mélanonychies longitudinales (ML) d’apparition précoce chez l’enfant sont, dans la grande majorité des cas, liées à des nævus mélanocytaires apparus dès la naissance (nævus congénitaux) ou avant l’âge de 5 ans (« nævus de type congénital »). Leurs caractéristiques cliniques et dermoscopiques peuvent toutefois être particulièrement alarmantes, évoquant un mélanome si elles étaient observées chez l’adulte. Cette présentation conduit parfois à la réalisation d’une biopsie matricielle diagnostique. De surcroît, l’aspect histologique peut lui-même paraître préoccupant, entraînant alors une exérèse complète, geste invasif chez l’enfant, exposant à un risque significatif de séquelles dystrophiques unguéales.

L’International Dermoscopy Society a conduit une étude multicentrique prospective portant sur ces ML précoces, avec une cohorte suivie à 5 ans (64 cas) et une autre à 10 ans (37 cas). Les objectifs étaient d’évaluer le risque d’évolution vers un mélanome et de mieux caractériser l’histoire naturelle de ces lésions. Après un suivi médian de 95,5 mois, aucun cas de mélanome n’a été diagnostiqué. La majorité des lésions ont montré une phase initiale de progression au cours des cinq premières années, suivie secondairement d’une régression partielle ou complète à 10 ans.

Au cours des dernières années, plusieurs publications ont soutenu une attitude conservatrice face aux ML de l’enfant. La conduite actuellement recommandée repose sur une surveillance clinique et dermoscopique régulière, sans recours systématique à la chirurgie, même en présence de signes cliniques jugés inquiétants. Les résultats de cette étude, absence d’évolution maligne et taux non négligeables de régression partielle (26,6 % à 5 ans ; 35,1 % à 10 ans) ou complète (10,9 % à 5 ans ; 37,8 % à 10 ans), constituent un argument supplémentaire en faveur de cette stratégie de « wait and see », désormais largement adoptée par les experts du domaine.

 

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